♣ Rêverie ♣


 
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 Xx It was suppose to be a beautiful day xX

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Mulciber Lovecraft
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MessageSujet: Xx It was suppose to be a beautiful day xX   Dim 19 Oct - 13:58

Musique d'ambiance !



Cela devait être une belle journée. Les enfants auraient dû être en pleins jeux dans le parc, les abeilles à leur corvée dans les champs, les femmes en jupe courte dans les rues et les pigeons sur les toits à se dorer les plumes. Toutes les météos s’étaient mises d’accord, le soleil se devait d’être au rendez-vous durant ce jour d’avril, au début du printemps. Ils avaient même pris les devants en affirmant que cela durerait toute la semaine. Ils l’ont annoncé à la radio, à la télévision et bien évidement tout les pauvres gens pendus aux lèvres de leur téléviseur ou de leur transistor ont cru à ces spéculations, ou on feint le croire. Alors les pères de familles ont sortis joyeusement les tables en plastique du garage, les femmes se sont misent à la fenêtre pour cuisiner, les petites filles ont sorti leurs dinettes invitant les peluches, les poupées et même les chats de la maison, les garçons, eux, avaient quittés leurs jeux vidéos pour s’ébattre avec leurs camarades dans les terrains vagues. Cela était supposé être une belle journée. Mais encore une fois l’homme prouva qu’il ne pouvait pas plus prédire le temps que son avenir. Une pluie aussi violente que soudaine afflua dès les premières lueurs de l’aube jusqu'à la disparition complète des derniers rayons de soleil. Aucun répit de la part des gouttelettes qui s’abattaient telle des bombes sur les vitres des immeubles déformant ainsi les visages dépités des pauvres familles désillusionnées par l’honteuse escroquerie de dame météo. L’eau envahissait toute parcelle de terre roussâtre propre à cette région la convertissant en boue infâme et gluante. Les villes n’étaient pas épargnées. Ainsi de véritables torrents inondaient les cassis et les caniveaux déferlants dans un vacarme assourdissant récupérant tout sur leur passage. Il eut néanmoins une petite chute de la fréquence d’affluence des trombes d’eau et certains pensèrent qu’enfin tout ceci allait s’achever. En vain. Ce n’était en fait qu’une accalmie, présageant pire encore pour la suite. Les oiseaux se cachaient sous les pans de toit à l’abri de l’irascible tempête, se serrant les uns contre les autres afin de préserver un minimum de chaleur. Quelques sots couraient encore dans les flaques d’eau cherchant à rentrer chez eux.

Ce tumulte se réverbérait aux oreilles de Mulciber et lui crevait les tympans. Sa sensibilité auditive due à sa cécité rendait le moindre son démesurément affreux tout en l’accablant promptement. Il était, comme à l’ordinaire, allongé dans sa cage, son crâne reposant sur les barreaux froids. Il n’y avait plus beaucoup de Nekos à cette période de l’année et le vendeur l’avait donc placé près de la vitrine pensant que la lumière et l’air frais lui rendrait peut-être un peu le sourire. Ce fut superflu bien évidemment. Son état ne se détériora ni ne s’aggrava pour autant. Aujourd’hui était un jour spécial pour lui. Pas à cause de la pluie battante, ni du traitement de faveur, ni de son déménagement imminent, mais c’était le jour où vingt années auparavant il sorti de son petit tube à essai. Le jour de son anniversaire. Autrefois il comptait le nombre de jours restant avant sa fête trépignant d’impatience car c’était son jour. Il avait le droit à toutes les folies ce jour-là et même s’il faisait une bêtise, on l’excusait en l’entendant dire « c’est mon anniversaire aujourd’hui ! »… Maintenant il n’y avait plus personne pour l’excuser s’il faisait des bêtises, personne pour le couvrir de baisers, personne pour s’occuper de lui… Il expira un long souffle emplis de mélancolie espérant se vider un peu de la tristesse qui l’envahissait. Un babil de langues et un cliquetis de clés vint le tirer de cette torpeur nostalgique. Le propriétaire de la boutique avait eu vent de ce glorieux jour et venait lui apporter une petite surprise… Une vague odeur chocolatée et de crème fouettée arriva aux narines du Neko, le faisant saliver puisqu’il n’avait rien avalé depuis la veille.


« C’est une part de gâteau au chocolat, pour ton anniversaire Mulci »


Précisa inutilement l’homme. Il avait une voix grave, un ton affable et sans doute son visage devait en dire autant. Son odeur n’était pas désagréable, malgré le parfum avec lequel il s’aspergeait tout les matins, on sentait toujours une vague odeur de sueur et de frites trahissant son état de vie. Mulciber avait le pouvoir d’entrevoir ce genre de choses juste grâce à deux de ses sens surdéveloppés. Mais cela bien souvent, ne l’intéressait pas. Il préférait se poser dans un coin et repenser au passé, à quand un miracle surviendrait ou mieux, si un jour la mort daignerait sonner à sa porte. Néanmoins, on peut dire qu’il appréciait la compagnie de cet homme d’un âge certain. Bientôt il le quitterait donc tout cela n’avait plus d’importance. Il entendit que le vendeur déposa l’assiette, de carton d’après le bruit et l’odeur, près de l’entrée. Il n’avait pas peur de laisser la porte ouverte ou entrebâillée. De toute manière, où est-ce qu’un Neko aveugle pourrait-il bien se cacher. Tant bien même il aurait la possibilité de le faire qu’il ne le ferrait pas. L’autre lui mit une cuillère entre les doigts et l’incita à prendre une part. Mulciber ne se fit pas prier et, en tâtonnant un peu, il réussi à bien localiser le gâteau et plongea la cuillère en pleins dedans. Après qu’il eut englouti quelques bouchées de la friandise, l’homme qui était étrangement resté silencieux accroupi sur le devant de la geôle rompit les bruits de mastication.

« Tu n’es pas sans savoir que bientôt on va te vendre à une autre animalerie. »

« Je sais… »
« Bon je ne devrais pas m’inquiéter après tout. Ce n’est pas ton premier voyage, hein ? »

« … »
« … »

« Je suis obligé tu sais ? »
« Je sais… »
« Ce n’est pas de ma faute nous sommes bientôt sur la paille. Tes frais médicaux n’arrêtent pas de grimper… Heureusement que je t’apprécie autant, ça me fait mal au cœur de te voir partir, mais bon après tout c’est peut-être mieux comme ça. Je leur dirais de te mettre près de la fenêtre, je sais que tu préfère et puis… »


Mulciber n’écoutait déjà plus les dires irréalisables du vendeur et se concentrait sur le gâteau. Il savait parfaitement que lui était unique en son genre et comme les trente dernières animaleries, il sera mis à l’écart, au fond de la salle. Mais il n’en avait que faire, pour le moment il tentait d’attraper le dernier bout de chocolat perdu quelque part sur l’assiette. Il le sentait, l’insaisissable, mais n’arrivait pas à le trouver. Finalement il le heurta avec le dos de la cuillère le faisant voler hors de la cage.

« Hop là, fais attention ! »

Il entendit l’homme ramasser quelque chose et lui prendre sa cuillère des mains.

« Attend, je te le donne, ouvre la bouche. »
« Je n’ai plus faim. »


L’autre ne bougeait pas, ne comprenant pas pourquoi il y avait à peine dix secondes il voulait tant ce morceau de chocolat et que maintenant il affirmait ne plus avoir faim.


« Merci… Je n’ai plus faim. »


Il sentit que le vendeur ramassait en silence l’assiette puis refermait délicatement la porte de la froide prison. Lorsque celle-ci fut verrouillée, Mulciber y posa son front, laissant quelques mèches de cheveux noirs dépasser d’entre les barreaux.

« Ah oui au fait, bon anniversaire Mulciber »

fit l’homme avant de s’éloigner vers l’arrière boutique.


La pluie continuait de tambouriner contre les vitres et le Neko sentait qu’un gros orage approchait. La morsure du métal froid lui rentrait telle une aiguille au milieu de son crâne mais rien n’était plus relaxant qu’une approche aussi tangible avec le baiser de la mort...

Cela devait être une belle journée.
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Eden Northen
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MessageSujet: Re: Xx It was suppose to be a beautiful day xX   Lun 20 Oct - 2:26

« Plic, plic, plic. »

Lentement mais sûrement, les gouttes d’eau dégringolèrent du ciel, se répandant sur l’ensemble de la ruelle et trempant les passants qui coururent se réfugier sous les porches. Quelques esseulés cherchaient désespérément un moyen d’échapper aux trombes d’eau qui s’abattaient férocement sur leurs pauvres carcasses mais, par-dessus tout, ce qui les inquiétaient le plus, c’était de voir leur attaché-case ainsi que les précieux documents qu’il contenait détruits par la pluie.
En leur for intérieur, ils maudissaient la météo et ses annonces toujours plus inexactes au fil des années… À croire que celle-ci ne servait qu’à mettre en valeur les jolies présentatrices blondes, indifférentes à l’idée de berner de pauvres gens, les mettant dans le plus grand embarras lorsque, fiers de leurs nouveaux habits d’été, ils se retrouvaient à courir dans tous les sens, manquant de déraper au moindre relâchement de vigilance.
Un homme, affichant fièrement son intelligence, arborait un grand parapluie et descendait l’avenue, lançant des coups d’œil triomphants de tous les côtés, guettant la moindre étincelle d’envie. Il était de ces gens qui aimaient qu’on les jalouse, qu’on rêve d’être comme eux. S’il avait pu être un modèle, un exemple à suivre, il aurait été l’homme le plus satisfait du monde. Hélas, la dictature était révolue depuis longtemps, personne ne l’acclamait ni ne l’adulait, et son embonpoint ajouté à son crâne dégarni par endroits et à son haleine fétide n’aidait pas à lui rendre la tâche plus aisée. Si encore il avait été mannequin… Mais il suffisait de le croiser pour deviner que ce genre de carrière ne correspondait définitivement pas à son physique. Serré comme il était dans un costume trop petit pour lui et étranglé par sa cravate, il ressemblait plus à ces pingouins que croisent les enfants dans Mary Poppins qu’à une idole populaire.
Pauvre homme ! Et pourtant, il continuait d’espérer, de se bercer de douces illusions, préférant rester à ses chimères plutôt que d’affronter la dure réalité… Encore un qui n’avait ni le courage ni l’envie d’assumer ce qu’il était réellement.

Sur son chemin, il croisa une adolescente. Celle-ci n’affichait pas de parapluie à son bras, mais ne semblait pas se soucier de la pluie qui tombait lourdement sur ses épaules. Pour dire vrai, elle se fichait bien d’être trempée. Ses cheveux n’étaient plus qu’un amas insolite sur sa tête, et sa robe bleutée laissait apparaître son soutien-gorge. Mais il fallait croire qu’elle ne se souciait pas plus de son allure que de l’homme qui passa devant elle, tentant par tous les moyens d’attirer son attention.
Petite de taille, l’air fragile et angélique, elle fut la seule personne au milieu de milliers d’autres à qui il proposa de l’abriter avec son parapluie. Du coin de l’œil, elle jaugea l’individu, devinant sans peine quel genre d’intentions malsaines et perverses pouvaient bien animer cet homme ayant déjà probablement atteint la quarantaine. Rapidement, ses yeux se portèrent vers son annulaire gauche auquel elle pu entrapercevoir une alliance dorée qui brillait, promesse d’une fidélité éternelle. Elle leva vers lui un regard accusateur, cherchant le sien pour l’emmener vers cette bague, essayant de lui rappeler son serment sans avoir à se servir de sa langue. User de la salive pour lui ne la tentait guère et elle préférait mille fois passer son chemin que d’entamer une conversation qui ne la mènerait à rien.


« Oh… Ça ? Ce n’est rien, ne t’en fais. »

Sa main droite se porta vers l’anneau qu’il retira vivement avant de le glisser dans la poche de son manteau, de toute évidence pas gêné pour un sou de l’humiliation qu’il faisait subir, sans qu’elle ne le sache, à sa femme.
Si elle avait été de ces dames hautaines et arrogantes, pleine de prestance, regorgeant d’une assurance devenant malsaine au fil du temps, elle lui aurait probablement décoché une gifle monumentale, énervée par le peu de respect dont venait de faire preuve l’individu. Seulement, elle doutait que sa constitution soit suffisamment imposante pour réussir à lui faire mal, voir même à le déstabiliser… Du moins, assez pour qu’il s’en aille. Mais sa maladie avait eu raison d’elle depuis déjà quelques années et ses forces n’allaient pas en s’accroissant.
Au fil du temps, elle sentait que bon nombre de choses lui devenait impossible et elle savait que, bientôt, elle serait dans la nécessité d’appeler quelqu’un à l’aide. Cependant, pour l’instant, sa fierté ne lui permettait pas d’envoyer des signaux autour d’elle pour alerter les gens de son état… C’était elle qui avait refusé les traitements de son médecin, elle s’était mise toute seule dans cette situation et il ne tenait qu’à elle d’en sortir.
C’était ce qu’il lui répétait chaque jour, inlassablement, refusant de changer de point de vue malgré les supplications de l’adolescente pour qu’il se range de son côté. Elle avait beau sortir tous les arguments que son esprit légèrement dérangé lui fournissait, elle avait beau tenter encore et encore de le convaincre qu’elle faisait le bon choix, il ne cessait de la contredire, la qualifiant d’irresponsable. Ce genre de paroles ne faisait qu’aggraver son entêtement et à la rebuter dans un silence boudeur dont elle ne sortait que plusieurs minutes plus tard, après qu’il l’ait instamment suppliée d’arrêter ses caprices. Il la traitait en enfant et, pour ça, elle le haïssait autant qu’elle l’aimait.

Une secousse au niveau de son bras l’arracha de ses sombres souvenirs et la ramena violemment à l’avenue sur laquelle elle se trouvait et, plus précisément, à l’homme qui, à priori, au moment où son esprit était parti, avait continué de parler.
Il paraissait énervé, probablement agacé de son absence de réponse et, parmi tous les paroles qu’il déblatérait, elle retint les termes de « catin », « sotte » et « allumeuse ». Ce furent ces mots-là qui l’obligèrent à se concentrer uniquement sur la conversation et à cesser de s’aventurer dans les méandres de son passé, bien que celui-ci soit assez tentant pour qu’une partie d’elle continue à la tirer vers cette partie de son cerveau. Néanmoins, elle n’avait pas le temps de s’attarder sur ça et le petit panneau « danger » qui s’était allumé, telle une chandelle, déclenchait assez de frissons de peur chez elle pour qu’elle accepte de rester là où elle se trouvait.
La pression autour de son bras s’accentua un peu plus, en écho avec la colère de l’inconnu qui grondait de plus en plus, montrant les crocs, prête à bondir sur le pauvre petit mouton qu’elle était. Bien incapable d’échapper à l’étau qu’il resserrait toujours plus sur son corps, bien décidé à ne pas la laisser s’échapper, il l’entraîna sans ménagement à l’abri des regards indiscrets des passants qui commençaient à se demander s’ils n’assistaient pas à une réelle agression.
Le problème était bien celui-ci. Les gens mettent toujours trop de temps avant de réagir, hésitant entre une banale scène de ménage entre un père et sa fille et un véritable fou furieux maltraitant une adolescente. Avant que leur cerveau ne leur fournisse une réponse appropriée à ce dilemme secouant leur petit être, l’homme et la jeune fille avaient disparu, emportés par la pluie et le vent qui s’était mis à souffler de plus en plus fort. Certains entrèrent dans les boutiques, en quête de chaleur, tandis que d’autres prirent le temps de réfléchir encore un peu à la scène qui venait de se dérouler sous leurs yeux avant de hausser les épaules et d’oublier.
L’oubli, merveilleuse créature qui permettait à chacun de rayer les événements les plus fâcheux de sa mémoire et d’atténuer la culpabilité se liant irrévocablement avec ceux-ci. Très utile, surtout lorsqu’un homme entraîne une demoiselle dans une autre ruelle, malgré les débattements de celle-ci… Juste de quoi effacer la possibilité d’un futur viol et d’amoindrir ainsi les conséquences. « Je ne m’en souviens pas ». C’est ainsi qu’un viol reste impuni parce que les passants sont trop aveugles et trop sourds pour accepter la cruelle vérité.

Je ne veux être au courant de rien.

Entraînée contre son gré dans la ruelle, elle essaya une nouvelle fois de faire lâcher prise à cette main qui avait des allures de prison. Si elle détestait la liberté et affectionnait le fait d’en être privée, ce genre de geôlier n’était pas ceux qu’elle côtoyait habituellement. Sa cage à elle avait été façonnée dans son esprit et n’était pas matérielle. Elle était simple, douce... Pas dangereuse comme ces doigts qui, à mesure que les grains de sable tombaient dans le sablier du temps, laissaient sur sa peau une marque rougeâtre virant au violet.
Elle se sentait misérable, indéfendable et indéfendue. Parce que personne n’entendait les maigres gémissements qui s’arrachaient de temps à autre de sa gorge pour résonner pitoyablement contre les murs encadrant la ruelle sale et nauséabonde dans laquelle il l’avait enlevée. Lorsque ces cris muets osaient sortir, il se retournait pour laisser partir sa main qui claquait sur sa joue avec force et fureur.
Elle ne savait plus comment elle s’était retrouvée là et ignorait comme se sortir de ce piège qui se refermait de plus en plus sur elle. Si elle n’arrivait pas à échapper à son agresseur, il serait trop tard pour faire demi-tour. Péniblement, elle s’engageait vers une issue sans retour où elle resterait jusqu’à ce qu’une âme charitable daigne venir la chercher… Si elle la laissait approcher. Elle ne connaissait que trop bien le genre de comportement qui suivait un acte tel que celui qu’elle allait subir et ne tenait à en faire l’expérience. C’était un fruit amer et froid que personne ne désirait goûter et que, de temps à autre, une personne mal attentionnée force une autre à planter ses dents dedans.
Comprenant soudainement le drame de la situation et réalisant qu’il s’agissait de son corps, elle s’agita de plus en plus fort entre les mains du bonhomme qui se retourna brusquement pour lui faire face, agacé de ne pas avoir affaire à une créature docile. Un Neko aurait sans nul doute été bien plus pratique et plus facile à dompter, mais il n’y aurait pas eu ce goût risque, et ce désir de plus en plus fort de voir que l’objet de sa convoitise n’était pas consentant. Bien qu’il montrât devant la jeune fille une colère qui ne faisait qu’amplifier sa peur, à l’intérieur de lui, son sang bouillonner sous l’effet d’une jouissance jusqu’alors inconnue.
C’était, pour lui, un premier essai. Il se lassait des bons soins que lui prodiguait sa femme et en demandait toujours plus. Un viol… Ç’avait toujours été un fantasme refoulé, une envie qu’il n’avait jamais voulu voir se concrétiser. Certes, dans sa jeunesse, il aurait sûrement été dégoûté par ce genre de chose, mais maintenant… Il avait été licencié et ce manque n’en avait été que plus violent dès lors que son patron lui avait claqué la porte au nez. Dommage pour cette demoiselle… Elle avait seulement tiré le mauvais numéro à la grande loterie du Destin et le mauvais sort était tombé sur elle. N’importe qui aurait fait l’affaire. Elle s'était retrouvée au mauvais endroit au mauvais moment.

Ses ongles vinrent laisser une estafilade rouge sang sur sa peau, arrachant un grognement à l’inconnu qui s’approcha d’elle, pressant son corps contre le sien. Elle se retint de vomir, dégoûtée, autant par cette soudaine proximité avec cet individu que par l’odeur qu’il dégageait. Avec la pluie qui continuait de tomber autour d’elle, elle n’avait pas eu le plaisir de sentir « l’essence » de l’homme et regrettait à présent de ne pas en être restée éloignée.
Les doigts gras et légèrement jaunis vinrent errer sur son cou, ne faisait qu’effleurer le creux de sa nuque pour remonter vers ses joues. Doucement, il approcha ses lèvres de cette chaire si tentatrice, déclenchant des frissons de terreur chez la jeune fille.
Et puis, d’un coup, tout s’arrêta. Des lumières rouges et bleues brillèrent dans la ruelle alors qu’une alarme stridente résonnait dans le silence, seulement perturbé par les gouttes d’eau qui frappaient le sol. Le soulagement s’abattit alors sur elle tandis que l’individu la lâchait et s’enfuyait en courant dans un « Merde ! » des plus explicites. Elle ne se soucia pas de lui, veillant à disparaître à son tour pour ne pas avoir à se confronter à la police qui lui mangerait probablement une bonne partie de sa journée et pénétra dans la première boutique qui croisa son chemin.

La sonnette se déclencha à son entrée et elle pu apprécier la chaleur d’un intérieur qui consola son coeur meurtri. Curieuse de voir dans quel genre d’endroit elle se trouvait, elle balaya la salle du regard et eut le déplaisir de rencontrer des cages enfermant quelques hybrides possédant des oreilles et une queue animales. Moitié chat, moitié humain. Elle connaissait bien ces expériences réalisées sur des embryons ayant pour seul but de servir d’animaux de compagnie aux humains normaux.
Intimidée, elle osa faire un pas, puis deux, pour enfin se décider à s’avancer, croisant des regards qu’elle jugeait plus humains que bestiaux. Mais elle ne s’attristait que très peu du sort des autres. Personne ne se préoccupait d’elle, pourquoi diable devrait-elle s’attardait sur les maux de tous ceux qui daigner l’entourer faiblement de leur présence ?
Son regard erra sans but précis jusqu’à croiser la silhouette d’un Neko à la mine abattue et résignée. Derrière sa cage, un bandeau sur les yeux masquant sa vue, il lui rappela les barreaux de sa propre prison. Alors elle s’approcha, s’arrêtant devant le prisonnier.


« Qu’est-ce que la liberté ? »

Lui demanda-t-elle.
Question bien sotte et enfantine. Peut-être aurait-elle dû commencer par se présenter… Mais une présentation banale et ennuyeuse ne présentait pas assez d’intérêt à ses yeux pour qu’elle daigne s’y attarder. Dehors, l'orage montra les prémisses de sa présence par un éclair qui vint déchirer le ciel. Imperturbable, elle resta concentrée sur ce nouvel être qui lui faisait face.
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Mulciber Lovecraft
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MessageSujet: Re: Xx It was suppose to be a beautiful day xX   Sam 25 Oct - 2:12








La pluie, la pluie, toujours la pluie… Aucun répit pour la vitre, aucun répit pour le béton, aucun répit pour les vagabonds, aucun répit pour les oreilles du Neko. Le tumulte frénétique des assauts tournés vers les carreaux de verre rendaient le prosaïsme habituel encore plus désagréable qu’à l’ordinaire. Une lumière étrange s’abattait sur la ville rendant les immeubles d’un blanc immaculé contrastant étrangement avec la grisaille du ciel. Les cordes d’eau reliaient les deux éléments contraires, l’un soutenant constamment l’autre, le ciel porté sur les épaules de la terre, la pluie représentent alors les puissant cordages maintenant ce parfait équilibre. Mais cela évidement, Mulciber ne pouvait le voir, juste l’imaginer. Des enfants courraient encore dans les rues malgré le temps, évitant de peu les flaques boueuses remplis de déchets accumulés là par le ruissèlement des eaux dans les caniveaux. Certains tentaient de pousser leurs camarades dans les marres improvisées, risquant à leur tour de tomber dedans. Des sirènes, des cris, des rires tous ces sons parvenaient aux oreilles touffues du Neko qui les analysaient un par un d’un air détaché et sans véritable conviction.

Le métal froid au contact de sa peau ne lui faisait plus aucun effet désormais, mais avec ce temps, il sentait un froid de glace qui lui montait des pieds jusqu’au cœur. Son cœur meurtri et confiné derrière ses yeux d’un vide sidéral, ses yeux d’un blanc laiteux. Parfois il avait même envie de se les arracher. Après tout, ils ne lui servaient aucunement dorénavant mais leur présence le faisait souffrir, comme un poids sur la conscience, une preuve, un souvenir qu’avant, vous étiez libre, vous étiez heureux. Son état s’était un peu amélioré durant ses derniers mois, le vendeur ayant pris soin de lui, faisant sa toilette régulièrement et l’habillant convenablement. Il lui avait dit l’avoir affublé d’un corset noir lacé qui lui allait à merveille. Il sentait les empreintes des fils contre sa peau du dos, ils lui serraient fort la taille lui donnant l’air plus maigre qu’a l’accoutumé. Quelques mèches dépassaient des barreaux de fer contre lequel son front était appuyé. Sa posture à demi allongée lui donnait un air encore plus pathétique et sans doute certains Nekos devaient le prendre pour mort. Mais cela il n’en avait que faire, les avis d’autres de ses semblables ne l’intéressait pas, leurs vies insignifiantes ne le touchait pas… En réalité avec cette cécité, il était devenu plus acariâtre que dans sa jeunesse. Rien de plus normal car eux pouvait le voir, le sentir et le toucher, alors que lui ne pouvait réaliser que deux de ces trois actions. L’envie durcit les cœurs les plus tendres…


Un tintement. Un tintement au milieu du tapage de la pluie, une clochette qui retentit faisant partir les vagues à l’âme des Nekos de l’animalerie. Il aurait pu passer inaperçu si un être à l’ouïe exceptionnelle ne s’était pas trouvé dans la pièce. La porte s’était ouverte en un grincement sourd, une giclée d’eau réussie à couler sur le sol en une flaque informe, fière de son incursion au sein d’un environnement jusqu'à lors sec. Un vent froid et humide vint fouetter le visage de Mulciber et fit chuter la température ambiante de quelques dixièmes de degrés. Les oreilles du Neko pivotèrent nonchalamment sans grande conviction en direction de la porte d’entrée. Sa tête, elle, ne se délogea pas de son encastrement parmi les barreaux de la cage. Un client de plus sans doute, rien de plus. Ou alors quelqu’un venu se réfugier en attendant la fin de l’averse ? Il n’avait pas à s’y intéresser de toute façon, il avait plus important à faire…

Les bruits de pas résonnèrent dans la salle. Il ne s’aventura pas loin, il avait l’air plutôt indécis concernant sa route et paraissait s’attarder un peu au hasard. De fines gouttelettes tombaient en continu de ses habits trempés, une broutille pour certain, un vacarme pour l’aveugle dont le bruit obsédait maintenant tout ses sens. Il huma l’odeur de la personne fraichement entrée afin de déterminer à qui avait-il à faire. Une odeur plutôt vague confuse en raison de l’eau qui suintait sur sa peau. Une évasive odeur de sueur lui vint aux narines, assez forte pour apporter la preuve que le nouveau venu était en fait un homme… Mais ces effluves n’avaient rien d’excessives, il pouvait peut-être se tromper…. D’ailleurs il y avait deux odeurs, celle d’une femme également, une jeune femme. Oui, mais seulement deux jambes… Deux personnes, deux jambes ? Il se demanda comment cela était-il possible… Ses pas n’avait rien de pesant, il ne devait pas être bien gros… une femme alors ? Mulciber sentait qu’il allait trop loin dans ses spéculations et cela lui faisait mal au crâne. Il n’avait pas envie de s’enliser dans les méandres de l’interprétation purement fictive qui ne repose que sur une odeur et un poids.
Le Neko à demi passionné, avait toujours l’oreille tournée vers l’hermaphrodite, à l’affût du moindre son. Ce n’était pas qu’il s’était pris d’engouement pour cet étranger mais il voulait meubler sa journée. Il en avait assez de se morfondre dans l’abime de la dépression et s’occupait comme il le pouvait. Néanmoins, il ne souhaitait pas être pris en flagrant délit, auquel cas le vendeur viendrait alors se féliciter devant lui qu’enfin son plan utopique ayant pour but de le sortir de sa léthargie en le plaçant près de la vitrine ait fonctionné.

Etrangement, les pas se dirigèrent vers lui. Mulciber soupira légèrement. Serait-ce possible qu’il soit envoyé par l’autre animalerie afin de déterminer la qualité de la marchandise ? Si c’était ça, s’en était fini pour la vente, il ne serait pas acheté. Qui voudrait d’un chat morose et fatigué ? Hormis la mort, pas grand-chose… L’autre s’arrêta lorsqu’il fut proche de la cage, assez pour qu’une des gouttes vienne percuter de plein fouet le front du Neko, ce qui lui fit froncer les sourcils. Mais ce qui l’éveilla véritablement fut sa question. Les effluves émanant de sa personne étaient plus agressives désormais et Mulciber pouvait discerner pourquoi cet être en dégageait deux. L’une lui collait à la peau, s’étalait sur tout son épiderme en sueur, en poils, en gras… Quelque chose qui ne lui appartenait pas. Il n’osa pas imaginer ce qu’il y avait derrière cette crasse et la banni de sa mémoire olfactive pour garder celle de la jeune femme. Celle-ci se mit alors à lui poser ouvertement une question concernant la liberté, une question que même les plus grands penseurs n’avaient su résoudre. Comment voulait-elle qu’un pauvre hybride bon pour qu’on le pique puisse répondre convenablement à une pareille interrogation au centre des débats depuis des siècles ? Ou alors souhaitait-elle simplement avoir son avis aussi insignifiant soit-il. C’était donc ça la raison de sa venue dans le magasin, connaitre l’avis de ceux qui vont mourir, ainsi pour elle la crédibilité de leurs paroles est d’autant plus vraie qu’ils n’ont plus rien à perdre. Et ainsi elle l’avait aperçue depuis la rue, l’avait observé allongé contre les barreaux de sa geôle et enfin avait dû voir le bandeau qu’il portait sur ses yeux, rajoutant une affliction de plus à sa carcasse. Il n’était pas pressé de lui répondre. Après tout ce n’était qu’une sangsue venue se repaître du désespoir des plus faibles. Sa voix résonnait encore sur les parois métalliques, faisant vibrer ses oreilles touffues. Celle-ci restait pourtant affable et spontanée, à l’accoutumée c’est une preuve que la personne ne vous veux que du bien, mais il n’était plus sûr de rien à présent.
Cependant quelque chose le poussa à lui répondre malgré tout… Une envie de passer le temps ? Peut-être… En tout cas, il ne lui fit pas le plaisir de relever le crâne, restant lamentablement couché sur le sol.




« La liberté… Une bien sourde gamine qui n’aime pas jouer avec les mortels… Une vilaine fille qui se borne à prendre du recul, restant de marbre devant les appels de ses partisans pourtant si nombreux. Moi je n’aime pas ces filles là, je ne l’appelle pas… Je ne l’ai jamais appelé d’ailleurs, qu’elle apparaisse ponctuellement et hasardement aux autres, je ne m’en souci guère désormais… »




C’était amplement suffisant. Il attendit que la femme fasse quelque chose, qu’elle s’en aille surtout. Il lui avait répondu voila tout et le sommeil le gagnait. N’ayant plus vraiment envie de continuer cette conversation il baissa les oreilles, cherchant à tomber dans les bras de Morphée.
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Eden Northen
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MessageSujet: Re: Xx It was suppose to be a beautiful day xX   Dim 26 Oct - 19:36

Des grondements venus de l’extérieur parvinrent jusqu’à ses oreilles. Le ciel s’énervait, laissant déferler sa fureur sur les rares passants errant encore dans les rues, affolés, à la recherche d’un endroit où il pourrait se cacher du tonnerre de Zeus. Ses yeux se tournèrent vers la porte d’entrée et elle croisa le regard d’une jeune femme aux cheveux tirés dans un chignon strict, des lunettes petites et carrées glissant sur le bout de son nez. Elle ne su si ce fut son allure qui la poussa à froncer le nez ou la boutique dans laquelle elle se trouvait, mais sa personne n’inspirait que le dégoût chez cette femme à l’allure autoritaire qui la dévisagea avec un dédain non dissimulé avant de lui tourner proprement le dos, empruntant la direction opposée.
Etait-elle tellement effrayante ? Elle eut un sourire à cette pensée, s’imaginant dans la peau d’un monstre sanguinaire dévastant une ville entière et constituant plus de prisonniers qu’il ne pourrait en assumer à lui tout seul. Mais, et après ? Que pourrait-elle bien faire de tous ces gens, sinon asseoir sur eux sa suprématie, passant de simple anonyme à dictatrice de tout un monde. Ses rêves de grandeur échappaient à son contrôle et elle força à diminuer leur intensité pour les réduire à l’état de simples fantasmes. Elle ne pouvait pas se permettre de viser trop haut, comme elle ne pouvait envisager l’idée de s’occuper de quelqu’un.
Si elle avait vaguement entendu, au détour d’un couloir, la rumeur courant sur les Neko dans son ancienne école, jamais l’envie d’en acquérir un ne lui avait traversé l’esprit. Combien de temps vivait pareille créature ? Cette simple question suffisait à l’empêcher de monter sur pied le projet « d’acheter » ces êtres à la fois si différents et si semblables à eux.

Son laps de temps sur Terre était compté. La grande horloge des heures qui égrenait les secondes dans un « Tic tac » incessant l’obsédait. Si elle l’avait pu, elle aurait arrêté le temps, rêvant d’un monde où le soleil ne se couche jamais et un jour dure éternellement. C’était un doux mirage… Une chimère tellement irréalisable que cet espoir si vain et si futile ne venait même pas l’effleurer lorsqu’elle songeait à ce genre de vie. Elle était bien bête de vouloir frôler l’éternité de ses doigts de mortelle. Elle était tel l’ange déchu ayant perdu ses ailes. Elle avait perdu sa pureté le jour où toutes les tentations de la vie s’étaient abattues sur elle et qu’elle n’avait pas su y résister.
La gamine effrontée et arrogante qu’elle avait été n’existait plus depuis longtemps. De simples mots avaient suffi à l’effacer, à la supprimer d’une mémoire qui lui rappelait sans cesse qu’à mesure que celle-ci se remplissait, ses jours s’amenuisaient.
Combien lui en restait-il ? Quelles secondes avait-elle perdu en s’égarant sans cesse dans des réflexions de moindre importance et en oubliant le principal ? Ce monde n’arrivait pas à la retenir et elle ne cessait de s’envoler, incapable d’accepter une réalité pourtant plus concrète que ses rêves enfantins.

Son attention se dirigea vers le Neko qu’elle avait si impunément abordé. Les traits de sa peau marmoréenne ne reflétaient que mélancolie et ennui et elle eut peur de l’avoir dérangé. Il devait la trouver bien insolente à venir parler liberté avec un être enfermé dans une cage métallique, sûrement pas plus heureux ici qu’ailleurs.
Avait-il seulement conscience du bonheur ? En connaissait-il seulement le goût et le regrettait-il à présent, vestige d’un lointain passé où il avait été libre de faire ce que bon lui semblait ? Soudainement, elle comprit son effronterie. Son offense, qu’elle ne remarquait qu’à présent, dépassait les limites et elle leva une jambe, prête à s’enfuir hors du magasin pour échapper aux injures qu’elle s’apprêtait à voir jaillir de la bouche du jeune homme, condamné derrière ses barreaux à ne voir personne.
Son handicap n’éveillait nulle pitié chez la jeune fille qui ne s’attardait plus sur les maladies. Elle ne savait que trop bien combien il était difficile et ennuyeux d’avoir à affronter la compassion d’autrui.
Lorsque les gens apprennent que l’on est atteint d’une maladie incurable, ils se perdent dans des lamentations et n’osent plus traiter la personne comme un être ordinaire. Elle devient une chose fragile, pareille à une décoration à laquelle il vaut faire attention pour éviter qu’elle ne se casse.

Contre toute attente, le Neko accepta de lui répondre, évoquant une enfant capricieuse qui ne se manifeste que lorsque l’envie la prenait. Un léger sourire naquit sur le visage de la jeune fille qui regarda l’hybride, devinant que celui-ci cherchait maintenant à s’endormir, s’estimant peut-être satisfait de sa réponse. Ses yeux s’attardèrent un instant sur la clochette argentée qui pendait à son cou et elle se retourna.
Sa décision était prise sur un coup de tête, elle en était bien consciente, mais elle n’avait pas de temps à perdre. L’orage qui s’annonçait n’avait pas l’air de vouloir se calmer et elle préférait rentrer chez elle avant qu’il ne fasse nuit. Passer sa journée dans la boutique ne l’intéressait guère.
Elle s’éloigna de la cage à la recherche du propriétaire de la boutique, s’imaginant une femme, blonde, à l’allure aguicheuse. Son imagination avait trop tendance à s’inspirer des films étrangers qu’elle regardait à la télévision et elle piochait dans des éléments obsolètes et ne reflétant que partiellement la réalité. Si, en effet, chaque boutique possède un vendeur ou une vendeuse, celui-ci ou celle-ci a rarement le physique qu’ont les acteurs de séries.


« Il y a quelqu’un ? »

Appela-t-elle doucement, peu désireuse d’user sa voix en hurlant dans tout le magasin.
Aussitôt, un homme au ventre bedonnant et ayant des allures de nounours sortit de derrière un rideau et se retourna brusquement pour lui faire face. Il parut surpris en la découvrant, comme s’il n’avait pas bénéficié de clients depuis longtemps. Un regard aux cages alentour suffit à lui apprendre qu’il ne restait plus beaucoup de Nekos et que le magasin n’allait pas tarder à fermer au vue des cartons qui commençaient à s’empiler à côté de la caisse.
La jeune fille adressa un sourire au propriétaire qui s’approcha d’elle en essuyant ses mains dans un mouchoir usé par le temps, lui demandant s’il pouvait lui être utile à quelque chose. Mouillée comme elle était, elle supposa que sa seule pensée était qu’elle cherchait un endroit où se sécher avant de repartir et il n’attendait rien d’une jeune fille de dix-sept ans.
Sa mine d’adolescente la contrariait beaucoup. Elle ne parvenait à paraître crédible devant les autres et cela rendait la communication difficile surtout lorsqu’il s’agissait d’effectuer un achat concernant un être vivant.


« Je désire… Acheter… Un de vos euh… Neko. »

Les mots lui manquaient et sa répugnance à en prononcer certains n’était pas dissimulée. Les traits du gérant se détendirent un peu et il l’entraîna dans l’allée, lui montrant plusieurs « spécimens » et vantant leurs différents mérites. Il lui fallut une bonne dose de volonté pour ne pas acheter le magasin tout entier et libérait ceux qu’elle considérait comme des êtres humains à part entière. En faire des animaux de compagnie n’enchantait guère notre jeune demoiselle qui désigna du doigt le jeune homme à la peau pâle et au bandeau rouge.
Dès lors que son choix se fut arrêté, le propriétaire l’entraîna loin de la cage et ne parla plus qu’à voix basse.


« Mulciber ? En êtes-vous sûre ? Vous savez, il est aveugle et ses frais médicaux coûtent chers… Personne n’en veut… Je l’aime beaucoup, mais ce n’est pas un Neko que je recommanderais à une cliente. »

Intriguée, elle secoua la tête et réitéra sa demande. Et c’est sur un « Je vous aurai prévenue » que le bonhomme l’emmena vers la caisse d’où il sortit un nombre incalculable de papiers qu’elle dû lire et signer avant d’annoncer le prix que demandait l’adoption. Ses parents n’étant pas dans le besoin et faisant partie d’une classe sociale plutôt élevée, il lui avait laissé, avant qu’elle ne s’en aille, une carte de crédit qu’elle tendit au gérant.
Après quoi, tout alla très vite. Il se dirigea vers la cage, muni d’une clef grâce à laquelle il déverrouilla la cage où se trouvait sa récente « acquisition ».


« Mulciber ? Je te présente ta nouvelle propriétaire. »

Déclara-t-il alors que la pauvre jeune fille peinait encore à croire ce qu’elle venait de faire. Ça lui avait pris d’un seul coup. Elle n’avait même pas eu le temps de réaliser ce qu’elle faisait, qu’elle se retrouvait avec l’argent viré sur le compte d’un homme qu’elle ne connaissait pas et en possession d’un être vivant doué d’intelligence et capable de communiquer avec elle.
Un Neko n’était pas un chat ordinaire. Un chat, ou même n’importe quel animal, pouvait être amadoué avec un peu de nourriture et quelques caresses… Comment dérider un être comprenant qu’il n’est en cage que parce qu’il est différent ? L’horreur de la situation lui parvint enfin et elle eut du mal à sourire – de toute façon, il ne pourrait pas voir sa grimace – et, hésitante, elle osa se présenter.


« Eden… Eden Northen, enchantée. »

Les mots de Mulciber, aussi faiblards qu’ils avaient pu être, avait été suffisant pour déclencher son achat. En plus de passer pour insolente, elle devait maintenant être prise pour une idiote prête à acheter n’importe quoi du moment que ça lui plaît… Elle sentait que sa relation avec le Neko débutait avec une fausse note.

[HJ : J'ai avancé très vite, j'espère que ça ne te dérange pas ToT].

_________________
« BÊÊ, BÊÊ, MOUTON NOIR
As-tu de la laine pour moi ?
Un sac pour vous, mon Maître
Un sac pour votre femme
Et un dernier pour le garçon qui pleurait tout seul
Et qui a su me capturer …
»

[...]

A reçu 6 roses. Bisous pour Mulci, Kasu et Keichou.
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MessageSujet: Re: Xx It was suppose to be a beautiful day xX   Lun 27 Oct - 2:32






Il sentait une torpeur ravageuse monter rapidement en lui et il ne pouvait froisser Morphée qui offrait si charitablement sa personne en cette période de grand froid. Il fallait faire vite car il ne sentait déjà plus la peau de son bras gauche et il du bouger quelque peu, son crâne restant toujours enclavé entre les barreaux glacés. La fille avait l’air pensif. Sa respiration s’était stabilisée, plus de franchise, moins de complexes. Et surtout moins de questions. A l’instar de son cœur qui lui, ne s’était en aucun cas brusqué depuis son arrivée. En fait rien que d’y penser, cette femme était sans nul doute d’une platitude sans nom… Ses paroles prenaient l’apparence d’un truisme, aurait-elle un trou dans sa journée pour aller discuter avec un Neko aveugle ? Etait-elle enclin à la dépression, ayant peur d’aller se confier à un psychothérapeute ? Il l’ignorait et n’en avait que faire. Cela pouvait paraitre comme fatuité de sa part, et c’était sans hésitations le cas. Mais personne ne venait fouiner dans ses pensées, le ciel nous en garde. Même Dieu qui semblait l’avoir quitté ne devait pas se mêler de son esprit comme il avait délaissé son corps. Il n’avait jamais vraiment cru en un dieu qu’il soit celui des Juifs, des Catholiques ou des Nekos. Pour beaucoup, les Nekos n’ont pas de religion, néanmoins beaucoup jugeaient également les Nekos inaptes à la réflexion et donc à la conception. L’homme pense, le singe imite, le Neko obéit. Il n’y avait pas de place pour philosopher, ni pour remettre le tout en question. La loi universelle ne pouvait pas être bafouée.

En fin de compte la conscience humaine voile les moindres progrès des Nekos, personne ne peut se dire en même temps qu’ils leur sont semblables tout en les gardant captifs. Des hommes arrivaient à se prétendre pour la cause des Nekos et contre l’enfermement de ceux-ci. Mais comme dit l’expression, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Cela n’a fait que perturber le système, fixant de manière permanente les réfractaires à la soumission des Nekos. Quelle ironie.
Le vent soufflait par les vasistas fêlés et un mince filet translucide s’écoulait le long du mur. Mulciber entendait l’eau s’écouler mais n’y prenais plus gare. Le vendeur avait souvent parlé d’y remédier, en vain. La brise lui caressait toujours le visage lorsqu’il baissa les oreilles d’harassement. Ne laissant se mouvoir que sa queue touffue qui dépassait dans l’espace laissé libre par deux barres de fer, elle remuait doucement au rythme de sa respiration, balayant le temps invisible, imperturbable, imprenable. Le temps passait si vite lorsque l’on ne stoppait pas pour l’apprécier ou pour le châtier. Longtemps il avait pleuré avec âpreté toutes les larmes de son corps le temps qu’il avait pu perdre avec cette affligeante maladie. Mais désormais il s’était reprit. Il ne voulait plus être à la merci de ses émotions. Il entendait mieux servir, en jouir et les dompter. Il les rangeait dans une petite boîte pour les laisser de côté. Mais peut-être un jour cette boîte viendra à imploser et là ce sera un drame pour le pauvre chaton. Néanmoins nous n’en étions pas là encore.

Le Neko ménageait son souffle, cherchant à éviter la morsure interne de ses poumons par l’air glacial. Finalement l’autre s’éloigna de sa cage, le laissant enfin seul. Seul avec lui-même… Quelle joie. Sa réponse l’avait-elle satisfaite ? Grâce à ses phrases, avait-il réussi à augmenter sa cote ? Il s’en fichait éperdument. Qu’il soit pédigrée ou chat de gouttière, cela ne lui rendrait en rien sa vie d’antan. Ni sa vue… Il entendit la jeune femme prononcer quelque chose mais il n’écoutait déjà plus, sombrant dans les ténèbres. Des paroles furent partagées avec le propriétaire des lieux et un avis fut octroyé. Cependant cela resta confus dans l’esprit de Mulciber qui oscillait entre le réel et le céleste. Là-bas il dansait avec des feux follets comme ceux que l’on voit avant de piquer du nez. Ces minuscules éclairs de lumière qui passent devant les paupières, fusant rapidement de droite à gauche, de haut en bas… Il lui avait fallu plusieurs minutes pour s’envoler et un seul bruit le fit redescendre. Un brouhaha résonna entre les parois de métal. L’esprit brumeux, il daigna ouvrir tout de même ses oreilles au reste du monde afin de capter un peu le sujet. Des pas précipités les lui firent pivoter. Il entendit le cliquetis des clés et la voix rassurante du vendeur lui annoncer qu’il avait une nouvelle acquéreuse
Non. Avait-il bien entendu ? Etait-ce une divagation de sa part ou avait-il bien déclaré son acte de libération. Finalement, il releva la tête, s’accoudant d’un bras, contre le sol. Ses oreilles en avant, il se tenait en face de lui. Se pouvait-il qu’elle le prenne ? Il ne comprit pas tout de suite, ne pipant mot. Il fit alors comme à son habitude, il haussa les épaules et se recoucha différemment. Il se tint les jambes en les rapprochant sur son torse à l’aide de ses bras, comme dorment certains enfants lorsqu’ils sont seuls ou lorsqu’ils ont froid. Il tournait le dos avec ostentation aux éventuels voyeurs, laissant simplement sa queue dépasser de la cage.
Et puis quoi encore…
Pourtant la cage se déverrouilla bel et bien. S’il n’était pas aveugle il aurait écarquillé les yeux pour mieux apercevoir ce qu’il en était. Ce bon vieux Robert… Il avait dû lui conter des fables et s’être rependu en diverses considérations élogieuses sur ledit minet pour en arriver là… Surtout avec cette étrange personne qui venait dans des magasins pour poser des questions… Remarque, il en avait vu des tarés dans sa féline de vie, hormis les pervers qui venaient se toucher devant les pauvres fillettes qui n’était pas considérées comme tel car elles n’avaient pas de lobe d’oreille, il y avait quelques bons désaxés. Comment reconnaitre un pervers lorsqu’on est aveugle ? Il est aisé de sentir l’approche d’un de ces immondes chacals lorsqu’ils se trouvent dans un rayon de moins de 20 mètres. Ils puent l’alcool, l’urine, le sperme et cette odeur persiste dans les animaleries, simplement les humains ne s’en rendent pas compte, pauvres d’eux… Ils ne pourraient même pas sentir l’homme qui viendra prendre leur enfant un de ces soirs dans une ruelle… L’odeur qui collait à la peau de la jeune femme, c’était bien celle-là… Cela lui était revenu comme un éclair et il n’avait même pas envie de s’apitoyer sur le sort de cette gamine… Non qu’il soit devenu cruel, mais il était plus flegmatique.

La fille prit la parole d’une voix claire et douce, trahissant par ailleurs une confusion certaine. Elle lui dévoila son nom qui sonnait comme cette fameuse liberté dont elle était apparemment très friande. L’Eden… Un si divin endroit pour une si petite âme ? Etait-elle digne d’un pareil nom ? Il était sûr que lui, il n’en serait pas.
Il du donc se lever un peu au risque de se cogner contre le bas plafond de la cage. Il la frôla de peu, les poils de ses oreilles uniquement le touchèrent. Il vint mettre ses jambes près de l’entrée. Il avait même rentré sa queue à la maison, l’entortillant autour de ses cuisses. Un creux de la taille de son poing ulcérait son estomac. Une mauvaise impression, un doute le rongeait Il ne se sentait plus du tout prêt pour recouvrir une vie sociale à nouveau. Il ne l’avait même jamais été… Mais tout était allé si vite… Un retour au côtoiement continuel d’humains lui paraissait presque inconcevable. Il est vrai qu’ici il en passait des dizaines chaque jour, mais ce n’était pas la même chose. Ils se trouvaient de l’autre côté, derrière des barreaux. Parfois un bras se tendait entre les interstices pour caresser le captif, néanmoins, rien de purement physique. Juste les odeurs accablantes trahissant la personnalité de chacun des visiteurs. Oui, c’était une particularité bien à Mulciber de déceler dès les premiers effluves un tempérament humain ou animal. Mais la simple odeur corporelle ne pouvait laisser entrevoir qu’une infime partie de l’esprit d’une personne, ne dévoilant pas celle tapis dans l’obscurité d’un être… Chacun était capable du meilleur en apparence et du pire en transparence.

Il hésita un instant, ramenant ses jambes dans la cage, les enlaçant langoureusement, les plaquant fort contre son torse, ses genoux lui rentraient dans la cage thoracique. Que n’avait-il pas entendu inlassablement sa propre respiration dans sa petite maison faisant frémir son corps, son souffle se brisant sans relâches sur les murs familiers et froids de sa prison. Cette prison qui n’était en fin de compte que sa couche, sa demeure. Même si certains pouvaient qualifier cet enfermement psychique et physique comme pernicieux, cela lui convenait parfaitement. Il ne pouvait se cogner ou se perdre ici, c’était son chez lui. Dehors c’était l’inconnu, le vide… Il ne la voyait pas comme une cage gardant captive la morosité, ni comme une façon manifeste de se garder coupé du monde. Non. Il était bien là, un point c’est tout. Et en allant encore plus loin, ce n’était pas un sentiment qui le guidait. « Bien ». Non, il ne se sentait pas bien, juste qu’il s’en accommodait simplement. Il ne tenait pas plus à cette couche qu’à une autre, elles se ressemblaient toutes. Un paillasse de paille sèche lui aurait fait autant d’effet qu’un lit de grand seigneur. Certains diront affaire de gout, d’autre d’abstinence, mais lui vous répondra simplement qu’il n’en avait que faire. Il ne tenait à rien ni personne.

En réalité, il n’existait plus que deux petits objets matériels auquel Mulciber accrochait encore de l’importance à ses « yeux ». Sa clochette, pendue à son cou, qui se mettait à tinter dès qu’il esquissait un mouvement. Un peu en corrélation avec les brebis, mais beaucoup moins sonore. Il n’avait jamais pu l’observer de ses propres yeux, mais l’avait déjà inspecté de part en part, la touchant souvent de ses doigts longs et fins. C’en était même devenu une obsession. Dès qu’il se sentait troublé de sa morosité habituelle, il la caressait un peu afin de retrouver ses esprits. Cela avait le mérite de le calmer plus que de l’enthousiasmer. Il se souvenait alors des rires de ses « frères et sœurs », les histoires de ses « parents », la voix du garagiste du coin… Tous ces détails qui faisaient remonter en lui, en dépit d’une once de gaieté, une pointe de nostalgie. Et tout rentre dans l’ordre. Les regrets amènent au spleen qui lui-même vous transporte jusqu’à la mélancolie. Un état d’esprit plus que naturel depuis lors chez l’homme chat.

Le deuxième objet qu’il affectionnait n’était rien d’autre que son bandeau. Il cachait son handicap, sa difformité aux autres. C’était son seul moyen de lutte contre cette exclusion, certes instinctive mais cruelle. Il croyait que comme ils ne les voyaient pas, il ne pouvait les voir… Ingrats, scélérats, mesquins… Tout ces gens, toutes ces odeurs d’égoïstes…
Il attrapa anxieusement son grelot d’argent, le faisant rouler entre ses doigts. Ces… ce… Il se calma tout d’un coup, n’écoutant plus que le doux tintement rebondir contre les murs, donnant presque l’impression d’être en pleins récital dans une église. Avec un peu d’imagination et de bonnes oreilles, la musique emplissait le fond de la cage et il était même possible d’imaginer la scène dans son esprit. Il manquait les voix des chœurs, l’orgue peut-être, mais tout y était. Les cathédrales de lumière multicolores, les enfants de blanc vêtus, le prêtre au centre de l’estrade. Les visages avaient quelque chose de familier… Il fronça les sourcils. Il ne lui était plus vraiment possible d’imaginer pleinement des faces différentes, il lui fallait coller celles qu’il connaissait déjà, ne pouvant plus renouveler le stock d’images de son cerveau. Cela le mettait une fois de plus en peine et il chassa la vision de son esprit.

Le bruit retentissait encore, omniprésent, ne prenant pas gare aux oreilles, les traversant sans hésiter, ce son su aigue, si strident et si mélodieux à la fois.
Mais on vint le tirer de ses rêveries, le vendeur une fois encore réitéra son appel pour le sortir du connu. Il l’incita à poser pied à terre et à se présenter comme toute bonne personne civilisée. Toutes ces nouveautés firent monter malgré lui en son sein une certaine fébrilité. Peut-être était-ce là la simple promesse d’un air plus frais, l’espoir d’une vie nouvelle, d’un cœur soigné… Il laissa alors de coté, non sans difficultés sa passivité naturelle pour se remuer un peu. D’un coup d‘épaule tout en contractant ses muscles abdominaux, il se retourna vers les deux êtres. Les fixant sans réellement les voir, il se tenait en position de prière, ses poings serrés posés contre le sol. A la frontière avec l’extérieur, où seul le bout de son nez dépassait, il attendait qu’on lui somme d’abandonner sa position afin de rentrer sur le champ de bataille. Finalement le général Robert l’aida à sortir de la cage, sans doute par une pointe d’impatience. Cet acte n’était pas sans l’irriter, comme tout handicapé auquel on propose une aide dont il estime ne pas avoir besoin. Une main vint alors se plaquer sur son dos. Il ne put s’empêcher de frissonner. Il mit un pied à terre puis l’autre, manquant de trébucher, la paume toujours collée à sa peau, épousant le moindre de ses mouvement, sécurisant sa marche malgré la réticence de Mulciber à se faire aider. Il devina la silhouette de la jeune femme en face de lui et répondit à sa présentation avec un peu de retard




« Mon nom est Mulciber maitresse… Je tenterais de vous servir comme il se doit… »




Avait-il prononcé ses mots ou l’avait-il simplement rêvé ? Cette phrase lui paraissait tellement irréelle qu’il se demanda si sa voix ne s’était pas détachée de son corps pour se jouer de lui… Il baissa la tête et resta immobile tandis que Robert le vendeur fini de remplir la paperasse administrative.
Robert, après avoir tout planifié, les poussa dehors, les obligeant à s’en aller. Il avait les larmes aux yeux cela se sentait et bizarrement, un vide vient se caser au milieu de son estomac. Il l’aimait bien finalement ce vendeur, ce fut le seul depuis plus de quatre années qui avait présenté un signe d’intérêt sur sa personne. Alors qu’ils se dirigeaient vers la sortie, Mulciber leva sa main de quelques centimètres, écartant ses doigts délicats afin d’offrir un dernier geste d’adieu à l’homme se trouvant derrière lui.
Il espérait qu’il avait comprit.
Il chassa alors tout remords de son esprit et se focalisa sur le présent et sur la saucée qu’il s’appretait à recevoir…
Pourtant il sentait qu’il ne pleuvait plus autant qu’avant. A vrai dire, il ne pleuvait plus du tout, juste tombait les quelques gouttes en surplus sur les toits. Sa maitresse n’avait sans doute pas remarqué cela à cause de la vitre teintée, de l’achat du Neko… Mais surtout de sa perception amoindrie par la complète fonctionnalité de ses yeux Elle l’aidait à se diriger par le bout des doigts afin qu’il ne lui arrive pas malheur.


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MessageSujet: Re: Xx It was suppose to be a beautiful day xX   Lun 27 Oct - 2:33

Enfin la porte s’ouvrit. Lorsqu’ils sortirent de la fourrière le soleil avait reprit le dessus baignant la ville de ses rayons, faisant fuir les nuages qui s’empressaient de lui laisser la place. Pour tous les habitants de la ville, c’était enfin l’heure de sortir le bout de son nez, et chacun reprirent leurs occupations qu’ils avaient projetées de faire avant l’arrivée soudaine de l’averse. Les pigeons venaient tremper là dans les gouttières, leurs pattes roses et leurs ailes blanches. Des chiens couraient ensemble dans la rue, prenant soin de ne pas percuter les passants et d’éviter les flaques d’eau.
La lumière omniprésente, il l’avait sentit. Il ne la percevait pas avec ses yeux, mais sa peau toute entière lui servait de capteurs. Il sentait cette vraie chaleur, elle lui montait à la tête, ou était-ce tout simplement le fait de se tenir debout, le dos bien droit pour la première fois depuis des lustres. La veine de sa tempe cognait assez fort pour que d’ordinaire il l’entende néanmoins au vu de son état d’ahurissement, il n’y prêtait guère attention. Les sons s’entremêlaient, c’était différent lorsque l’on se trouvait à l’intérieur car la vitre assourdissait le tout pour le bien être des Nekos. Il pouvait se repaitre en air, en bruit, en odeurs, bref en liberté. Les odeurs tranquilles de la rue nettoyée de toute insanité flattaient sa narine. Un vague parfum de béton et de chien mouillés, de quelques hommes et de quelques femmes qui avait risqués une sortie, du pollen qui avait reprit sa course folle afin de trouver un partenaire et enfin des plumes de quelques oiseaux du coin. Rien de bien agressif pour lui. Pour la première fois depuis son arrivée en cage, il pouvait respirer presque librement, sans avoir les immondes refoulements de renfermé, de sueur, de sperme ou même d’urine. Mulciber portait des chaussures simples et fines. Avec cela, il sentait toutes les invaginations et les disgrâces de la chaussée. C’était le gérant qui les lui avait offertes, ayant vu qu’il se trimbalait nu pied depuis quelques mois.

Il trainait quelque peu la patte mais sa maitresse n’avait pas l’air de le presser davantage. Les flaques d’eau étaient inévitables et le jeune Neko trempait parfois accidentellement la pointe de ses chaussures dedans. Le liquide s’infiltrait et venait lui chatouiller la plante du pied. Au bout de quelques minutes, il avait cependant les doigts de pieds trempés, les chaussures n’étant pas très hermétiques. Etrangement, Mulciber se sentait de mieux en mieux en s’éloignant de sa cage, il respirait de plus en plus facilement, marchait d’un pas de plus en plus assuré, allègre et trouvait même par moment l’énergie de se tenir droit, ce qu’il n’avait pu faire depuis sa captivité. Il avait presque l’air d’un humain normal et non pas d’un esclave hybride aveugle. Ce qu’il ressentait le plus comme une libération c’était sa distance avec le monde insalubre du confinement et du croupissement des chats. Il appartenait à l’homme plus qu’à l’animal dorénavant. La concentration olfactive et psychique qui l’avait oppressé pendant plus de cinq ans comme un orage qui menace, Mulciber s’en rendait compte maintenant qu’il commençait à y échapper pour de bon. Il avait toujours pensé que le monde lui en avait voulu, qu’il l’avait obligé à courber l’échine, à se recroqueviller dans sa cage. Mais ce n’était pas le monde, c’étaient les hommes. Le monde lui ne faisait que supporter ces êtres et pouvait même présenter des endroits fantastiques, privés de ces immondes bâtards. Il est vrai qu’il avait perdu son aptitude à voir, son gout pour la vie, mais c’était bien la faute des hommes tout ça. Mais pas de tous les hommes. Certains ne se conformaient pas à la masse grouillante et se manifestaient par une bonté exceptionnelle, une compréhension plus lucide du monde, ou alors par un isolement réfléchis.
Malgré toute cette liberté nouvelle, une gêne lui restait, l’empêchant de savourer pleinement le moment. Mais il devait se rendre à l’évidence, cette aventure paraissait bien plus palpitante qu’il ne l’avait imaginé.



Ce fut, dès lors, une belle journée.
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